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Stéphanie Latour, bâtir son succès

Publié le : 15 Novembre 2022

Ce portrait fait partie de la série Diversité FPT, une initiative soutenue par la Fondation RBC et réalisée par Compétences Québec. Par l’entremise d’une trentaine de portraits de tous les horizons, cette série propose une diversité de points de vue sur la formation professionnelle et technique et les métiers spécialisés au Québec.

« Mon père était un agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et ma mère, infirmière pédiatrique. Je suis née à Ottawa parce que mon père y avait été muté. Nous sommes rapidement revenus au Québec et j’ai grandi à Ville-Émard, puis à Châteauguay. » À cette époque, Stéphanie se passionne pour les sports : « C’était une grande partie de ma vie. Je jouais au fastpitch softball (NDLR : À la balle-molle). J’étais lanceuse et voltigeuse de centre. J’aimais vraiment ça, » se souvient-elle.

Après l’école secondaire, Stéphanie tente le cégep, puis abandonne et s’oriente en coiffure : « Ce cours était offert au centre pour adultes où se trouvait mon école secondaire, c’était un environnement familier pour moi. Je n’avais que 19 ans, et je ne voulais pas aller trop loin de la maison. À mi-chemin de ma formation, j’ai réalisé que cela ne convenait pas à ma personnalité, mais il n’était pas question pour moi d’abandonner. Je voulais vraiment avoir ce bout de papier qui disait que j’avais réussi. »

Le marché du travail

Après l’école secondaire, Stéphanie tente le cégep, puis abandonne et s’oriente en coiffure. Un premier passage en formation professionnelle.

Après son diplôme d’études professionnelles (DEP), Stéphanie ne cherche pas à trouver un emploi en coiffure, mais le travail ne manque pas et la jeune fille est vaillante : « Dès l’adolescence, je gagnais mon argent de poche dans différentes chaînes de restauration rapide. J’ai travaillé dans une pizzeria et un club vidéo jusqu’à ce que j’apprenne que j’étais enceinte de mon premier enfant, à 20 ans, raconte-t-elle.

Après mon congé de maternité, j’ai trouvé un emploi dans un magasin de pièces pour voitures et remorques, puis j’ai donné naissance à deux autres bébés. » Après la naissance de son troisième enfant, la jeune maman reste à la maison un an, puis devient gérante d’un dépanneur/station-service pendant deux ans avant de retourner travailler dans un centre de recyclage automobile (cour à ferraille).

Réflexion professionnelle en temps de pandémie

Après son congé de maternité, Stéphanie trouve un emploi avant donner naissance à deux autres bébés. Puis la pandémie de COVID-19 mit le Québec sur pause, y compris bon nombres de personnes sur le marché du travail.

« C’est à ce moment que la COVID est arrivée, poursuit Stéphanie, je suis restée à la maison avec les enfants. J’ai fait la traite des vaches pendant un certain temps dans des fermes aux alentours de chez moi, à Howick, en Montérégie. J’ai pensé que c’était le moment d’avoir une vraie réflexion sur mon avenir professionnel. Prendre le temps de comprendre ce que je voulais faire du reste de ma vie. Je me suis dit : “Je suis dans la trentaine, ça suffit, allons-y!” J’avais besoin de faire quelque chose pour moi et pour ma famille, de sortir de ces emplois qui paient le salaire minimum. »

Stéphanie prend la décision de s’engager dans l’armée, mais elle est recalée parce qu’elle a besoin de médicaments sur une base régulière, à cause de son asthme. Elle poursuit : « Je me suis dit : OK, maintenant qu’est-ce que je fais ? Je songe au programme de charpenterie-menuiserie depuis que j’ai 20 ans. » C’est là qu’elle décide de faire le saut : « C’était en avril 2021. J’ai contacté la conseillère en formation scolaire Jane Fairhurst et elle m’a aidée à m’inscrire. »

Découvrir sa voie

Grâce au Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF), Stéphanie a pu entreprendre des études en charpenterie-menuiserie tout en pouvant s’assurer d’un revenu pour subvenir aux besoins de sa famille.

Qu’est-ce qui a amené Stéphanie à envisager la charpenterie-menuiserie, un domaine encore traditionnellement masculin? « Il faut que je fasse un saut en arrière, nous répond-elle. Avant la naissance de mon premier enfant, je suis retournée à l’école. Ici même, au centre de formation professionnelle Châteauguay Valley (CVCEC), je suivais le cours pour devenir infirmière auxiliaire.

Comme ma mère est infirmière, je me suis dit que j’allais essayer et voir si j’aimais ça, parce que je n’arrivais pas à trouver quelque chose qui me plaisait vraiment. Mais, pendant ma formation, je reluquais ce qui se passait du côté de la charpenterie. Je suivais le cours à l’étage et je regardais les gars travailler en me disant : “Oh, ça a l’air intéressant, ça semble si amusant”.

Comme un poisson dans l’eau

Le souhait de Stéphanie ? Travailler en construction dans le secteur résidentiel et demeurer dans sa région.

Au moment où nous faisons la connaissance de Stéphanie au CVCEC, son enthousiasme est contagieux, et elle semble définitivement être sur son X : « C’est une école formidable. Les enseignants sont géniaux. Il y a beaucoup de travail d’équipe et tout est concret. Les enseignants font en sorte que ce n’est pas ennuyeux. Si on fait du travail en classe, ils intègrent des activités pratiques. Je pense que certaines personnes ne peuvent pas apprendre simplement en s’asseyant dans une salle de classe et en regardant un écran. Elles apprennent en faisant les choses. »

Vous pouvez consulter les autres vidéos liées à la formation et au métier sous l’onglet Liens utiles et vidéos de la page programme de formation Charpenterie-menuiserie.

Apprendre à connaître ses forces

Stéphanie devrait terminer son DEP à l’automne 2022, à 36 ans. Un cheminement qui force l’admiration et qui fait d’elle un modèle d’abnégation.

Elle poursuit : « J’aime faire des choses manuelles, mais ça m’a pris du temps pour le réaliser. Au secondaire, nous avions un couloir avec les ateliers de bois. J’adorais sentir l’odeur du bois dans ce couloir. J’ai toujours été intéressée par la façon dont les choses sont construites. Quand j’étais plus jeune, j’avais l’habitude de regarder la chaîne The Learning Channel (aujourd’hui TLC) pour voir concevoir, construire et changer des intérieurs de maison. Je me disais : « Oh, mon dieu, c’est trop cool ! » Mais je n’avais pas compris que cela pouvait être un métier.

« Au moment de retourner à l’école, j’étais nerveuse, je ne vais pas mentir. J’étais très nerveuse. Je ne savais pas avec qui j’allais entrer. Mais je constate qu’environ la moitié des gens de ma classe ont 25 ans et plus, parce qu’ils ont pu se permettre de venir à l’école, parce qu’ils sont payés pour venir à l’école. »

Stéphanie Latour, étudiante en charpenterie-menuiserie

Pourtant, mon grand-père était charpentier! » Grâce au Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF), Stéphanie est payée pour venir à l’école, ce qui éloigne les soucis financiers et lui permet de se concentrer sur ses études.

L’autre chose qui a fait une différence dans son projet de retour à l’école, c’est l’appui de ses proches. « Tout le monde me disait : « Tu peux le faire, vas-y! Mark, mon mari depuis 15 ans, est en arrière de moi et me dit constamment que je peux faire n’importe quoi, confie-t-elle. Et mes enfants, Clarissa, Landon et Brettly, trouvent ça cool! Chaque matin, nous avons notre routine où je me lève avec eux. »

Perspectives

Stéphanie Latour terminera son DEP à l’automne 2022, à 36 ans. Même s’il lui reste du chemin à parcourir, elle est déjà fière, car elle fait de son mieux au quotidien. Elle souhaite travailler en construction dans le secteur résidentiel et demeurer dans sa région. « Comme c’est tellement recherché, je sais que je pourrai trouver un emploi sans problème. » Selon elle, les femmes hésitent à choisir un métier non traditionnel, car elles craignent l’inconnu. « Ou bien elles ne sont pas conscientes que ce n’est pas seulement pour les hommes.

Je crois qu’il n’y a pas assez de femmes qui réalisent que c’est possible pour elles de faire un métier comme le mien. En tout cas, moi, si j’avais su que c’était une possibilité, je l’aurais peut-être fait plus jeune. »

RBC Foundation/Fondation