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Annie Fiset, suivre ses rêves

Publié le : 24 Janvier 2022

Ancienne des Olympiades en mécatronique, Annie Fiset est aujourd’hui étudiante en génie de la production automatisée, un domaine traditionnellement masculin, à l’École de technologie supérieure (ETS). Les experts lui prédisaient le décrochage, elle aura prouvé, avec mérite et persévérance, qu’elle était capable d’aller au bout de ses ambitions.

La persévérance scolaire est un réel enjeu de société au Québec. Au-delà des statistiques, certains parcours prouvent qu’il y a moyen de passer par-dessus certains troubles. L’histoire d’Annie Fiset est un bel exemple de réussite.

Des débuts difficiles

Au primaire et au secondaire, Annie, fille de deux employés d’usine, a appris à persévérer aux études, malgré la dyslexie. Elle décide ensuite d’aller étudier à l’Institut maritime du Québec.

Au primaire et au secondaire, Annie, fille de deux employés d’usine, a appris à persévérer aux études, malgré la dyslexie.

Voir la mer

Les difficultés auxquelles Annie fait face la convainquent de ne pas entreprendre de longues études, mais la jeune fille a un rêve : « Depuis toute petite, je m’imaginais travailler sur un bateau, se remémore-t-elle, alors j’ai décidé d’aller étudier à l’Institut maritime du Québec, à Rimouski, un établissement d’enseignement collégial.

J’avais 17 ans, je me suis retrouvée dans une chasse gardée masculine, nous n’étions que trois filles, mais je me suis super bien intégrée. J’ai réussi tous les cours malgré mes difficultés d’apprentissage. Il faut dire que, lorsque tu étudies dans quelque chose que tu aimes, c’est plus facile. »

Arrivée dans le milieu du travail, Annie constate que c’est un autre monde. « Le secteur maritime est un milieu assez conservateur, la moyenne d’âge est assez élevée aussi, du moins à cette époque au début des années 2000, c’était un genre de club masculin.

Pour une jeune fille de 18 ans, ce n’était pas facile, même si j’adorais être en mer. » Quelques mois plus tard, Annie se blesse et doit retourner à la maison, à Granby, pour sa convalescence, puis elle prend soin de sa grand-mère. Par un concours de circonstances, elle entreprend un emploi dans un restaurant Zellers, où elle travaille finalement sept ans jusqu’à ce qu’il ferme.

Au primaire, j’étais déjà en difficulté à l’école, un vrai cauchemar, se rappelle-t-elle aujourd’hui, à 38 ans. Dans les années 1990, l’école n’était pas organisée pour composer avec un type de problème d’apprentissage comme la dyslexie. Je me souviens qu’un intervenant a dit à ma mère de ne pas avoir de grandes aspirations en ce qui me concernait, que, si j’arrivais à terminer mon secondaire, on pourrait s’estimer heureux.

Annie Fiset, étudiante en génie de la production automatisée

Exploration et intégration professionnelle

Trois secteurs l’intéressent : l’électricité, la mécanique et la machinerie. Elle se dirige finalement vers un DEP en électromécanique de systèmes automatisés au centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby.

En mars 2013, à 31 ans, Annie se retrouve sans projet professionnel. Elle amorce une démarche d’orientation avec Avenue profession’elle, un organisme granbyen qui met de l’avant la main-d’œuvre féminine en soutenant les femmes dans l’apprentissage et la pratique d’un métier à prédominance masculine dans les secteurs dits plus traditionnels. « Cet organisme, explique Annie, vient en aide aux femmes qui souhaitent se réorienter, en leur proposant une démarche exploratoire des métiers traditionnellement masculins. »

Il s’agit d’un projet d’accompagnement, de suivi et de maintien en emploi. Annie poursuit : « Avenue profession’elle m’a ouvert à différentes possibilités. Mes aptitudes et mes goûts m’orientaient vers un métier manuel. J’avais envie de quelque chose de tangible, de concret. J’ai eu la chance de participer à différents ateliers dans les centres de formation professionnelle; il n’y a rien de mieux que d’essayer quelque chose pour savoir si cela te plaît et pour t’aider à apprendre à te connaître. Et puis, j’ai eu un déclic. »

Retour en formation professionnelle

À la fin de son DEP, Annie peine à se trouver un emploi. Elle décide alors de poursuivre ses études au collégial en technologie de l’électricité industrielle (DEC) qui lui permettra de participer aux Olympiades québécoises et même de remporter une médaille d’or.

Annie réfléchit à un retour à l’école en formation professionnelle rendu possible avec l’aide financière d’Emploi-Québec. Trois secteurs l’intéressent : l’électricité, la mécanique et la machinerie. Elle opte pour le diplôme d’études professionnelles (DEP) en électromécanique de systèmes automatisés au centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby : « Ce métier combine l’électricité et la mécanique industrielle. Cela touche à beaucoup de sphères des sciences et technologies. » À son centre de formation, Annie se retrouve à nouveau seule femme au milieu d’un groupe de gars : « Évidemment, lorsqu’on effectue un retour à l’école, notre niveau de sérieux et de motivation est différent de celui des jeunes de 16 ou 17 ans, mais une saine compétition s’est rapidement établie », commente-t-elle.

Un deuxième DEC

À la fin de son DEP, Annie peine à se trouver un emploi. En entrevue, un employeur lui demande même si quelqu’un doit lui transporter ses outils! Elle décide alors de poursuivre ses études au collégial en technologie de l’électricité industrielle, toujours à Granby, un domaine qui fait partie des dix meilleures professions de la formation collégiale (DEC), selon le Palmarès des carrières 2017. « J’avais peur de ne pas répondre aux exigences du DEC, mais je me suis dit je vais essayer. » Son intégration se déroule bien et elle réussit : « Avec l’âge, j’ai développé des trucs, des façons d’apprendre qui me conviennent. »

Les Olympiades m’ont donné un surplus de confiance. Cela m’a amené à me dire : je suis capable de le faire et, tranquillement, je me suis dit l’université, c’est possible. C’était un rêve pour moi et j’avais peur de le regretter si je ne l’essayais pas, alors, après mes stages, j’ai décidé de poursuivre. C’est comme si j’avais envie de prouver à celui qui avait dit à ma mère que je ne réussirais même pas mon secondaire qu’il avait tort.

Annie Fiset, étudiante en génie de la production automatisée

Une médaille d’or

L’aboutissement du parcours collégial d’Annie a été de mettre à l’épreuve son talent et son savoir-faire en participant aux 15es Olympiades québécoises des métiers et des technologies.

En équipe avec Jeremy Elsek-Valois, un collègue du cégep de Granby, Annie vit pleinement cette expérience intense, forte en émotions et très gratifiante. L’équipe a de la difficulté lors de la première journée à cause d’une défectuosité du matériel, mais, la deuxième journée, elle et son coéquipier reviennent dans la course et remportent finalement l’or.

Leur aventure se termine à ce niveau, car Annie n’a plus l’âge pour se qualifier pour les épreuves canadiennes.

Je suis une personne timide et introvertie. Je ne suis pas de celles qui prennent leur place, comme on entend souvent à propos des femmes dans les secteurs traditionnellement masculins, mais j’ai la passion pour ce que je fais.

Annie Fiset, étudiante en génie de la production automatisée

Un milieu en ébullition

Selon Ingénieurs Canada, les femmes représentent seulement 14 % des étudiants en génie mécanique, logiciel ou informatique; elles ne constituent que 13 % des ingénieurs agréés à l’échelle du Canada.

Le plus difficile pour une femme, c’est de devoir toujours être à son meilleur, sûre de ce qu’elle fait, de ne pas faire d’erreurs. Je me dis souvent que je dois prouver ce dont je suis capable, mais est-ce toujours nécessaire? Ou est-ce par habitude ?

Annie Fiset, étudiante en génie de la production automatisée
Quebec