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Jessica Leclerc, première femme carrossière au Mondial des métiers

Publié le : 14 Fév. 2022

Le milieu automobile est encore perçu comme un secteur d’emploi très masculin. Jessica Leclerc, carrossière depuis 15 ans, a su y faire sa place. Elle est un modèle pour celles qui souhaiteraient faire le choix d’apprendre les métiers de la carrosserie et de la mécanique automobile.

Jessica Leclerc, 35 ans, est diplômée du centre de formation professionnelle (CFP) Wilbrod-Bherer à Québec. Elle a choisi cette école, car ce n’était pas trop loin de son patelin, Saint-Édouard-de-Lotbinière, une petite municipalité de 1 200 personnes de la région de Chaudière-Appalaches.

Deuxième d’une famille de sept enfants, Jessica a surmonté l’épreuve du divorce de ses parents vers la fin de son secondaire et a dû rapidement gagner en indépendance et autonomie. Faire de longues études n’était pas envisageable pour elle. C’est pourquoi elle s’est dirigée vers le diplôme d’études professionnelles (DEP) en carrosserie, qu’elle a obtenu tout en travaillant 35 à 40 heures par semaine dans un restaurant.

Carrossière, pourquoi pas?

À la fin de son secondaire, Jessica choisit de commencer un DEP en carrosserie au CFP Wilbrod-Bherer.

À l’école secondaire, Jessica rencontre un garçon mordu de véhicules antiques qui retape de vieilles voitures dans son garage. À son contact, elle s’initie à la carrosserie. Ensemble, ils participent à des courses de véhicules tout-terrain (VTT) et de voitures. Avec celui qui est toujours son conjoint aujourd’hui, Jessica décide de faire de sa nouvelle passion son métier. À l’automne, les deux jeunes s’inscrivent pour le DEP en carrosserie. Elle sait qu’il y a peu de femmes dans le domaine : le métier est dominé par les hommes à 98,1 %. « Cela ne me gênait pas de me lancer dans un métier traditionnellement masculin, commente-t-elle. J’ai toujours eu davantage d’amis garçons, et je suis bien en leur compagnie, mais, au début des années 2000, une fille, et qui plus est une fille ni très grande ni costaude, c’était plutôt inusité dans un garage. »

Une fille parmi les gars

Jessica a terminé 3e aux Olympiades québécoises des métiers en 2006. Une première expérience des compétitions qui l’amènera jusqu’au Mondial des métiers où elle représentera le Canada.

Au CFP Wilbrod-Bherer, Jessica se souvient avoir été bien accueillie par les enseignants qui l’ont épaulée tout au long de son parcours : « Nous étions une soixantaine d’élèves répartis en trois groupes, une fille par classe. » Bien sûr, la formation n’a pas toujours été une partie de plaisir : « Des gars qui flirtent ou essaient de te faire croire que tu n’as pas fait le bon choix, il y en avait, mais des jugements ou des bêtises de la part des autres, ça ne m’atteignait pas. Chaque module m’ouvrait un nouveau monde : la soudure, la peinture, le débosselage. Le métier fait appel à toutes sortes de techniques. » Elle et son conjoint s’entraident.

Une femme qui se démarque

Jessica conseille aux filles qui rêvent d’entreprendre un programme de formation menant à l’exercice d’un métier traditionnellement masculin de suivre leurs passions. Pour elle, la carrosserie exige davantage de précision et de minutie que de force physique.

Jessica a terminé 3e aux Olympiades québécoises des métiers en 2006 et 2e aux Olympiades canadiennes à Halifax la même année. Elle est embarquée dans l’aventure pour en tirer le meilleur:

J’étais heureuse d’être là sur le podium, une femme qui se démarque dans un métier traditionnellement masculin. Les Olympiades m’ont donné confiance en moi. Pour moi, ce fut une aventure valorisante et aussi l’occasion d’intégrer des méthodes de travail qui me servent encore aujourd’hui.

Jessica Leclerc, carrossière

Par la suite, elle a eu la chance de représenter le Canada au Mondial des métiers, au Japon, en 2007. Jessica a marqué l’histoire. Elle est la première femme à concourir au Mondial dans un métier traditionnellement masculin.

Les exigences du métier

La promotion des métiers spécialisés dont celui de carrossier doit commencer dès le secondaire selon Jessica.

Minutie : le mot revient souvent lorsqu’on parle de son métier à Jessica. Pour elle, la carrosserie exige davantage de précision et de minutie que de force physique : « Il faut savoir observer et trouver les bonnes stratégies. Je suis une perfectionniste, mais j’ai la patience que cela exige. Lorsque je travaille sur une voiture, même un vieux « bazou », je fais le travail comme s’il s’agissait de ma voiture. C’est agréable de voir la métamorphose qu’il peut y avoir entre l’état où on reçoit un véhicule et ce qu’on est capable de faire avant qu’il ressorte du garage. »

Des débuts difficiles

La présence croissante des femmes dans des métiers à prédominance masculine est considérée comme un moyen d’améliorer l’offre de main-d’œuvre dans les métiers qualifiés au pays, de créer une main-d’œuvre plus diversifiée et d’accroître la rémunération des femmes.

Avec 15 ans d’expérience, Jessica n’appréhende plus d’avoir de la difficulté à trouver du travail et envisage chaque journée avec enthousiasme : « Chaque journée est différente, le lundi je peux remonter un véhicule, le mardi préparer une autre voiture pour la peindre, le mercredi débosseler et réparer un véhicule accidenté. » Les techniques évoluent, les métaux changent, la structure des voitures est plus solide qu’auparavant, mais la tôlerie est plus légère; on remplace plus de pièces qu’à une certaine époque. À l’emploi de l’atelier de carrosserie Centre de réparation Laurier depuis 2013, elle a su faire sa place. Les blagues, elle est capable d’en faire aussi. La carrossière conserve tout de même un souvenir amer de son entrée dans le marché du travail. « Ç’a été difficile de me trouver du travail. D’avoir de la crédibilité. » Davantage que pour les garçons qui ont obtenu leur diplôme en même temps qu’elle? « Oui. À talents égaux, la fille est désavantagée. J’ai dû accepter un poste où l’on m’offrait un salaire moindre pour la simple raison que j’étais une femme, raconte-t-elle, et, après m’être absentée lors de deux congés de maternité rapprochés, on a aboli mon poste… alors que le droit au retour au travail est garanti par la loi. »

Un chemin moins fréquenté

Malgré toutes les embûches, Jessica conseille aux filles qui rêvent d’entreprendre un programme de formation menant à l’exercice d’un métier traditionnellement masculin de suivre leurs passions :

Il y a encore des gens dans notre société qui ont des préjugés, qui ne comprennent pas qu’une femme puisse faire ce choix. Des employeurs, des collègues, des clients… L’important est de rester soi-même. Il ne faut pas avoir peur de faire face à cette incompréhension, et se dégager de la perception des autres, mais la réalité, c’est que tous les métiers peuvent être exercés par tous ceux qui s’y intéressent.

Jessica Leclerc, carrossière

Pour Jessica, ce qui changera la donne, c’est d’investir dans la promotion au secondaire : « À cette période, on ne sait pas toujours qui on est, ce qu’on veut; c’est là qu’il faut aider les jeunes filles intéressées par les domaines de l’automobile, leur démontrer que cela est possible. » D’ailleurs, les atouts de la mixité font tranquillement leur chemin du côté des employeurs. La présence des femmes en mécanique est de plus en plus perçue comme un signe de vitalité.

Les atouts de la mixité

Dans une étude commandée par Statistique Canada, on apprend que des femmes ayant suivi des programmes d’apprentissage à prédominance masculine obtiennent généralement des résultats sur le marché du travail inférieurs à ceux de leurs homologues masculins1. Cela dit, il y a de l’espoir. Dans de plus en plus d’ateliers, des femmes intègrent l’industrie automobile et contribuent à briser les stéréotypes. La présence croissante des femmes dans des métiers à prédominance masculine est considérée comme un moyen d’améliorer l’offre de main-d’œuvre dans les métiers qualifiés au pays, de créer une main-d’œuvre plus diversifiée et d’accroître la rémunération des femmes.

Il y a deux types de personnes : celles qui aiment ça et celles pour qui c’est une réelle passion. Moi, j’interviens sur n’importe quelle auto comme si c’était la mienne. Je ne connais qu’une seule façon de travailler : bien

Jessica Leclerc, carrossière
  1. Quelle est la situation sur le marché du travail des femmes suivant des programmes d’apprentissage à prédominance masculine?, par Kristyn Frank et Marc Frenette, Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada, mars 2019.