Accueil / Pionnières de la compétence

Mélanie Chenevert, une soudeuse parmi peu d'autres!

Par Compétences Québec,
Mélanie Chenevert
Mélanie Chenevert s’est formée Centre de formation de l’Argile dans un DEP en soudage.

Mélanie Chenevert, 28 ans, travaille chez Groupe Mécanitec, une entreprise basée à Trois-Rivières spécialisée en procédés industriels au service de l’industrie lourde. Elle se promène aux quatre coins de la province pour participer à l’installation de nouvelle machinerie ou à réparer des installations. Il s’agit d’un métier où les femmes se font rares. En effet, malgré les efforts du Programme d'accès à l'égalité des femmes dans l'industrie de la construction (PAEF), la part de femmes dans le secteur du soudage et en soudage haute pression n’est passée que de 1,35 % à 2,14 % entre 2015 et 2019, se rapprochant tranquillement de l’objectif de 3 % du PAEF. Des mesures d’accès et de maintien à l’emploi ont été mises sur pied, avec des incitatifs financiers pour les entreprises. Mais pour Mélanie Chenevert, être l’exception dans son choix de carrière n’a jamais été un frein : « Je considère que j’ai les mêmes droits que les hommes, ni plus ni moins ».

De grand-père en petite fille

Mélanie Chenevert
Mélanie soutient que des journées portes ouvertes réservées aux filles ou de l’information accessible sur les métiers dès le début de secondaire permettraient de mieux faire connaître les métiers spécialisés.

« Mon grand-père était soudeur, c’est un univers que je connaissais déjà un peu », raconte Mélanie Chenevert. Sa mère, agente de la paix dans un pénitencier, n’a pas non plus choisi un métier facile pour les femmes. « Elle m’a toujours répété de ne pas me laisser marcher sur les pieds, et de faire ce qui me plaît pour gagner ma vie ». Adolescente, Mélanie a été clouée au lit deux ans à cause d’une maladie auto-immune : « Cette épreuve m’a freinée dans mes projets. Cela a changé ma vision de la vie. Ça m’a fait grandir. Ce sont mes amis qui m’ont suggéré de m’inscrire en soudage. Comme je n’avais pas envie d’aller longtemps à l’école, que j’étais une fille habile de mes mains et que je m’imaginais très mal exercer un métier sédentaire, je me suis dit : allons essayer! », poursuit-elle. La jeune femme choisit alors le centre de formation le plus près de chez elle, à Joliette. Elle en garde un excellent souvenir : « Nous profitions d’un bon encadrement, mais surtout, ça bougeait tout le temps. On n’avait pas l’impression d’être à l’école! »

Stage en métallurgie

Mélanie Chenevert
Les Olympiades furent pour Mélanie un moment de confirmation de son choix professionnel et de fierté de faire partie de la communauté si diversifiée des métiers spécialisés du Québec.

Après sa formation professionnelle (DEP) au Centre de formation de l’Argile, Mélanie a joint l’entreprise Marmen pour y faire un stage; elle y est restée sept ans. L’entreprise, fleuron de la fabrication métallique au Québec, réalise différents projets pour des clients nationaux et internationaux. Troisième femme dans l’équipe de 70 employés de l’usine qui l’emploie, le parcours de l’apprentie n’a pas été de tout repos, mais pas trop difficile non plus : « Je m’y suis forgée une belle main de soudeuse, notamment en soudure TIG ». Comme c’est souvent le cas dans les métiers non traditionnels pour les femmes, ses qualités professionnelles ont rapidement pris le dessus sur les préjugés et les blagues.

Des niaiseries, on va toujours en entendre. Pour embrasser une carrière non traditionnelle, il faut être fonceuse et déterminée, et surtout, ne pas avoir un caractère trop susceptible

Mélanie Chenevert, soudeuse

Métier : soudeuse

Mélanie Chenevert
Mélanie travaille dans un domaine en forte croissance mais également touché par la pénurie de main d’œuvre . La part de femmes dans le secteur du soudage et en soudage est passée de 1,35 % à 2,14 % entre 2015 et 2019, se rapprochant de l’objectif de 3 % du Programme d'accès à l'égalité des femmes dans l'industrie de la construction.

Mélanie se rappelle en riant que lors de sa formation en soudage à Joliette, des gars de sa classe avaient pris des paris à savoir à quel moment elle allait abandonner : « Au début, c’est vrai, j’ai eu des doutes. Je me questionnais à savoir si j’en serais capable. Surtout parce que c’est intimidant d’être la seule fille et d’attirer tant d’attention. Puis j’ai commencé à avoir du plaisir à faire ce que je faisais. À me passionner pour toutes les techniques — nous avions trois excellents enseignants —. Je me suis aussi fait un ami dans mes classes et il m’a aidé à m’intégrer. Ça a calmé mon stress. Je réussissais bien et je n’ai plus remis mon choix de carrière en question ». Beaucoup de gens sont curieux et la questionnent sur les réalités de son métier : « C’est exigeant physiquement, il faut être en mesure de supporter des températures extrêmes, autant la chaleur que le froid, mais le corps s’adapte ». Le message qu’elle lance aux jeunes filles qui envisagent un métier non traditionnel comme la soudure?

C’est un beau métier si on a le goût de bouger, si on est allergique à la routine et si on est prête à jouer avec le feu

Mélanie Chenevert, soudeuse

Un métier en forte demande

Mélanie Chenevert
Mélanie travaille dans un domaine en forte croissance mais également touché par la pénurie de main d’œuvre . La part de femmes dans le secteur du soudage et en soudage est passée de 1,35 % à 2,14 % entre 2015 et 2019, se rapprochant de l’objectif de 3 % du Programme d'accès à l'égalité des femmes dans l'industrie de la construction.

Actuellement, les perspectives d’emploi sont excellentes pour les soudeurs et les soudeuses. La demande de main-d’œuvre sur les chantiers de construction est en forte croissance, le roulement des travailleurs est notable, créant un besoin de relève, et peu de travailleurs sont présentement disponibles pour combler les besoins de main-d’œuvre. Après un cycle baissier de 5 ans, le nombre de soudeurs actifs dans l’industrie de la construction a fait un bond de 17 % en 2018, pour atteindre 285, indique la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Incitatifs au féminin

Comme les soudeuses et les électromécaniciennes se font rares dans le milieu très masculin de l’industrie manufacturière, le gouvernement Legault a annoncé en mars 2020 l’injection de quelque 700 000 $ dans un projet de recherche visant à trouver des solutions pour attirer les femmes dans cette industrie frappée de plein fouet par la pénurie de main-d’œuvre, selon le Journal La Presse.

La passion d'apprendre

Dans les prochaines années, Mélanie souhaite continuer à développer son savoir-faire professionnel : « Je veux élargir mes horizons, faire de la tuyauterie, de la soudure haute pression et développer mes connaissances en mécanique en bénéficiant de l’enseignement de mes collègues mécanos. La métallurgie est un vaste domaine, nécessitant différents types de compétences ». Des expériences qui lui permettront d'avoir de nouvelles cordes à son arc.

Après ses années chez Marmen, Mélanie a travaillé un temps sur un chantier naval avant d’entrer à l’emploi de Mécanitec : « Nous sommes trois filles dans l’usine et nous prenons soin les unes des autres. Nous avons noué des amitiés. Et nous avons la chance de travailler pour une entreprise qui encourage la mixité et le respect ». Mélanie travaille actuellement sur la route à raison de quatre jours de travail suivis de trois jours de congé. Les journées sont longues, mais il n’y a pas de routine se réjouit Mélanie : « On ne fait jamais la même chose, et j’ai la chance de voir du pays. J’aime souder. Je suis minutieuse et endurante. C’est une véritable passion ».

Selon Mélanie, le manque d’information de base constitue l’une des principales raisons pour lesquelles les métiers spécialisés n’attirent pas un plus grand nombre de femmes. Un effort supplémentaire permettrait à plus de femmes à intégrer le marché du travail en soudage.

Je pense à des journées portes ouvertes réservées aux filles, à de l’information et de la publicité sur les métiers dès le début du secondaire. Il faut se faire connaître

Mélanie Chenevert, soudeuse

Les olympiades Québécoises des métiers et des technologies

Les olympiades des métiers ont été pour moi une belle aventure pour terminer ma formation. J’ai mis tout mon cœur à l’entraînement avec mon professeur. De me retrouver aux compétitions québécoises avec tous ces corps de métier m’a procuré un grand sentiment d’accomplissement ! Je suis fière d’être montée sur le podium, en 3e place, et d’avoir confirmé, avec cette expérience, que j’avais trouvé un métier dans lequel j’excellais ».

Pour connaître les mesures du PAEF : mixite.ccq.org

Mélanie Chenevert
Ses souvenirs de la formation ? « Nous profitions d’un bon encadrement, mais surtout, ça bougeait tout le temps. On n’avait pas l’impression d’être à l’école ! »

Consulter plus de pionnières Partager sur les réseaux sociaux : Partager Twitter Courriel