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Stéphanie Coutu, briqueteuse-maçonne et fière de l’être

Par Compétences Québec,
stephanie coutu
Investie dans son syndicat, Stéphanie Coutu oriente les femmes qui la sollicite afin d’en savoir plus sur les réalités du métier.

Au colloque Construire se conjugue au féminin qui s’est tenu en avril dernier à l’instigation de l’Association de la construction du Québec (ACQ), le métier de briqueteuse-maçonne a été identifié comme un des moins favorables à la présence des femmes, ces dernières représentant moins de 1 % de la main-d’oeuvre dans ce corps de métier. Un état de fait qui n’a jamais fait peur à Stéphanie Coutu, jeune trentenaire allumée, confiante en son potentiel, et qui s’est réorientée dans le domaine de la construction après une première carrière en aménagement paysager. C’est vrai qu’avec son 1,64m (5'4"), son style pétillant et sa jeunesse, Stéphanie ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’un travailleur de la pierre. Et vous savez quoi? Elle s’en moque! « J’exerce un métier difficile physiquement. Je ne suis peut-être pas aussi forte que les gars autour de moi, mais je suis capable comme eux de me servir de ma tête. Je relève des défis au quotidien et j’ai obtenu mon titre de compagnon, quand on considère qu'il n'y a qu'une minorité des étudiants sortants qui réussissent cela. J’ai été tenace et j’ai fait la preuve de ma compétence. Il y a de quoi être fière ».

Égalité des chances

Élevée avec ses frères et soeurs dans une famille moderne et ouverte de Lanoraie, Stéphanie raconte à la blague que son père aussi exerce un métier non traditionnel, il est éducateur spécialisé. Elle a souvenir d’un tee-shirt que portait son père pour des revendications syndicales concernant l’équité salariale : « On pouvait y voir deux bébés reluquer leurs couches, un garçon et une fille et le message C’est vraiment ça qui fait la différence? Cela m’a marquée. L’équité, c’est important pour moi. Les valeurs de respect et d’égalité m’ont été inculquées dès l’enfance ». Jeune, elle raconte qu’elle a toujours eu une passion pour le fonctionnement des choses, les outils, le plaisir de créer quelque chose de ses mains : « J’avais de bonnes notes, mais pas nécessairement l'intérêt pour les études, j'avais de la difficulté à trouver ce que je voulais faire de ma vie et j'envisageais de devenir fleuriste. Une conseillère en orientation m’a suggéré un diplôme d'études professionnelles en réalisation d'aménagement paysager ».

Une première pierre

Après cinq années en aménagement paysager, Stéphanie ressent l’envie de retourner étudier. Elle trouve l’horaire de travail exigeant et souhaite faire carrière dans un domaine mieux rémunéré. Un expert venu donner une formation sur la taille de pierre à l’entreprise où elle travaillait alors leur raconte son expérience aux Olympiades des métiers. Elle s’imagine relever ce défi et cela l'inspire. Elle visite plusieurs centres afin de trouver celui qui accompagne ses étudiants aux Olympiades. C'est au CFP Le Chantier de Laval, accueillie à bras ouverts, qu'elle entame sa formation, seule femme dans un groupe de 22 étudiants.

Compétitions et …réseautage

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Stéphanie Coutu Crédit : Compétences Quebec

En 2008, durant sa formation de 900 heures, Stéphanie pourra enfin tenter sa chance aux Olympiades et se mesurer aux autres futurs apprentis briqueteurs-maçons de tout le Québec. Elle se souvient que pour les régionales, on lui avait mentionné qu’en tant que femme, peu importe la position qu'elle obtiendrait, elle aurait automatiquement un laissez-passer vers les Québécoises : « Moi, je ne voulais pas y accéder de cette façon. J'ai travaillé dur, j'ai remporté la première place dans ma région, contre certains étudiants qui avaient plus d'expérience que moi, et au terme de ce processus j’ai fièrement représenté mon centre à Québec pour les provinciales ». L’évènement constitue un tournant pour la jeune briqueteuse-maçonne : « Mon aventure avec les Olympiades des métiers est une belle histoire. J’y ai fait la connaissance de celui qui allait devenir mon conjoint. Il concourait alors en charpenterie-menuiserie. Nous formons aujourd’hui une belle famille avec Oliver, notre petit garçon de trois ans, raconte-t-elle. J’y ai aussi fait des rencontres professionnelles qui m’ont constamment apporté du travail depuis la fin de mes études. Cette expérience m’a ouvert des portes et m’a confirmé que j’avais raison de choisir ce domaine ».

Quand j'étais petite, mon père m'appelait sa petite femme forte de l'évangile parce que je voulais toujours démontrer ma force, j'ai toujours eu besoin de me dépasser.

Stéphanie Coutu, Briqueteuse-maçonne

Un contact avec le patrimoine bâti

Depuis, Stéphanie a travaillé sur des chantiers résidentiels, commerciaux, institutionnels, souvent en hauteur, toujours en équipe, et ce depuis huit ans.

Ayant récemment complété une formation de spécialisation (ASP) en restauration de maçonnerie à l’École des métiers de la construction de Montréal grâce au soutien du FFIC (Fonds de formation de l'industrie de la construction), elle est maintenant à l'emploi d'une entreprise qui est spécialisée dans la restauration de maçonnerie et elle oeuvre au sein d'une petite équipe de travailleurs tous aussi passionnés qu'elle : « La pierre provient de la terre. Elle touche à l'histoire. Il y a quelque chose qui me fascine dans tout cela. Évidemment, mon métier suppose de soulever des objets lourds, mais il n’y a pas de raison de forcer inutilement. Avec les bons outils et les bonnes techniques, on peut tout faire. Pour le reste, choisir qui prendra telle ou telle place dans l’échafaud, qui fera telle tâche, c’est une question de gros bon sens ». Une difficulté qu’elle retient? L’hygiène sur les chantiers. « Il faut apprendre à se débrouiller. Parfois, on rêve seulement de pouvoir se laver les mains dans une salle de bain. Mais ce problème n’est pas exclusif aux femmes ». Stéphanie considère tout de même qu’elle a amélioré sa situation professionnelle : « J'ai plus que doublé ma rémunération ce qui me permet de me sentir indépendante et c'est non négligeable pour moi ».

Encourager par l’exemple

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Passée par les Olympiades québécoises en 2008, Stéphanie Coutu occupe aujourd’hui un emploi dit non traditionnel. Elle revient sur son expérience de femme dans un milieu d’hommes.

Par le biais de son syndicat où elle milite, Stéphanie conseille les femmes qui veulent faire carrière dans son métier non traditionnel où précise-t-elle, on ne compte aujourd’hui qu’une vingtaine de femmes pour 5 000 maçons dans la province : « Pour choisir un métier de la construction, il faut démontrer une certaine ouverture d’esprit et un désir de travailler en équipe. Être prêt à faire des efforts et des compromis pour s’intégrer, tout en exigeant le respect, essentiel ». Alors lorsqu'une femme la sollicite pour connaître les réalités du métier elle est honnête et réaliste : « Si tu aimes ce que tu fais, cela adoucit les exigences physiques et psychologiques du métier. Plusieurs fois j'ai vécu des situations difficiles, décourageantes. Dans ces moments, j'ai souvent pensé tout lâcher, mais chaque fois, je me remémore ce que ma mère m'a dit le jour où j'ai eu toutes les raisons de le faire : « Stephanie, tu pourras arrêter si c'est ce que tu veux vraiment, mais n’oublie pas qu’il y a eu beaucoup de femmes avant toi qui sont passées par des situations difficiles pour que tu puisses faire ce que tu aimes aujourd'hui ».

Pour l’instant, elle veut continuer à exercer son métier à l'intérieur duquel elle s'épanouit. « Moi à la fin de chaque journée, j’ai eu du fun, je suis fière de moi et de ce que j’ai accompli. Le matin, quand je me lève, je suis heureuse de ce qui m'attend! ». Plus tard elle envisage de se tourner vers l'enseignement de son métier, histoire de transmettre un peu de sa passion.

Mise à jour…

Quatre années ont passé depuis la réalisation de ce portrait. Stéphanie a continué d’évoluer dans le métier. Après la naissance de son deuxième enfant et à la suite de son congé de maternité, elle travaille pour une petite entreprise spécialisée en rénovation et en restauration de sites patrimoniaux. Ses fonctions ont évolué vers la planification et la gestion au sein de cette petite entreprise, de nouveaux défis qu’elle affronte avec plaisir. « Il m’arrive encore d’aller sur les chantiers avec les ingénieurs et les architectes pour évaluer certains ouvrages, résoudre des problèmes, planifier les échéanciers. Ma formation et mon expertise de briqueteuse-maçonne me sont utiles tous les jours, raconte-t-elle. Mes nouvelles fonctions m’ouvrent de nouvelles perspectives pour le futur. J’aimerais bien devenir surintendante. » Son regard sur les femmes dans métiers traditionnellement masculins a-t-il changé? « Les statistiques démontrent une évolution, répond-elle, mais au quotidien, je ne vois pas encore de réelle différence. »

stephanie coutu
Stéphanie Coutu, briqueteuse-maçonne, revient sur son parcours dans ce premier portrait de la série Les Pionnières de la compétence.

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