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Anne-Marie Asselin, une passion pour la mer

Publié le : 10 Mai 2022

Ce portrait fait partie de la série Diversité FPT, une initiative soutenue par la Fondation RBC et réalisée par Compétences Québec. Par l’entremise d’une trentaine de portraits de tous les horizons, cette série propose une diversité de points de vue sur la formation professionnelle et technique et les métiers spécialisés au Québec.

Anne-Marie Asselin, 48 ans, de Chicoutimi a sillonné les mers dès ses années d’études à l’Institut maritime du Québec (IMQ), à Rimouski. Après la naissance de ses enfants, elle s’est réorientée vers des postes à terre dans l’industrie maritime. Elle nous relate ses 25 années dans la marine marchande, un secteur encore méconnu des Québécois et où les femmes demeurent minoritaires.

Bien que l’histoire du Québec soit intimement liée au Saint-Laurent, qui est à la fois un fleuve, un estuaire et un golfe, nous n’avons pas ici de tradition maritime et les métiers de la navigation ne font pas encore partie de notre culture et de nos traditions, déplore Anne-Marie : « Peu de gens connaissent l’Institut maritime et, comme il n’a plus d’antenne à Montréal et à Québec, ce ne sont pas tous les jeunes intéressés par les programmes offerts par cette école nationale qui sont prêts à partir étudier en région. »

L’appel du voyage

Anne-Marie Asselin a sillonné les mers dès ses années d’études à l’Institut maritime du Québec (IMQ). Elle nous relate ses 25 années dans la marine marchande.

Ce choix, Anne-Marie Asselin l’a fait à 18 ans, avide de nouvelles aventures et dans le contexte économique difficile des années 1990: « Je suis la cadette d’une famille de quatre enfants, raconte-t-elle. À l’époque où je devais faire mon choix de carrière, mon frère et ma sœur qui avaient étudié à l’université peinaient à se trouver du travail. Ils m’encourageaient fortement à prendre une filière technique. J’étais une jeune fille sportive, disciplinée, mais peu enthousiaste à l’école, et l’idée me plaisait.

Dans le guide d’études collégiales, j’ai cherché le plus haut taux de placement avec un bon salaire, et la formation en navigation m’a accrochée. J’avais toujours aimé l’eau, la mer, les voyages, cela me faisait rêver – j’étais nageuse de compétition, sauveteuse et nous avions un petit voilier familial. J’avais très envie de partir de Chicoutimi et de connaître autre chose, alors j’ai appelé et simplement demandé : prenez-vous des filles? L’automne suivant, je commençais mes études collégiales. »

Une école unique

Afin de compléter sa formation, il est nécessaire d’effectuer plusieurs stages en mer. Ces stages sont généralement décrits comme une expérience d’adaptation intense.

L’Institut maritime du Québec est le seul centre de formation maritime francophone au Canada. À l’époque où y a étudié Anne-Marie, on y compte peu d’étudiants et encore moins d’étudiantes. « C’est un milieu vraiment agréable, une belle gang avec une vie étudiante stimulante, évoque-t-elle.

J’y ai tissé des liens pour la vie. » Anne-Marie apprend à se repérer aux instruments, avec le sextant, les cartes maritimes. C’était avant l’arrivée des GPS dans nos vies! La formation exige également des aptitudes en mathématiques, en sciences physiques. La jeune étudiante se passionne pour l’astronomie et apprécie les taches de matelotage, elle qui a toujours aimé les travaux manuels.

Stages en mer

À l’IMQ, Anne-Marie apprend à se repérer aux instruments, avec le sextant, les cartes maritimes. La formation exige également des aptitudes en mathématiques, en sciences physiques.

La formation à l’IMQ est entrecoupée par de longs stages en mer. Ces stages sont généralement décrits comme une expérience d’adaptation intense et souvent difficile. Pour Anne-Marie, qui a alors 19 ans et peu d’expérience, ce fut, de son aveu, tout un choc de se retrouver dès le premier été comme cadette sur un bateau à destination de la Méditerranée pendant trois mois : « À bord, les officiers de navigation étaient tous Britanniques et l’équipage de matelots, d’origine indienne. Je parlais un anglais rudimentaire, j’étais la seule femme et tout était nouveau pour moi. »

Elle se retrouve ensuite à naviguer avec un équipage serbo-croate alors que la guerre en Croatie est en train de sceller l’effondrement de l’ex-Yougoslavie : « Sur le navire, il n’y avait aucune discussion politique, les Croates et les Serbes étaient des collègues.

Mais la guerre se faisait sentir, nous étions même venus chercher une cargaison d’armes au port de Montréal! » Au fil des quatre ans de formation, l’apprentie navigatrice vit différentes expériences de stages jusqu’à l’obtention de son diplôme. « Chacun de ces voyages a été une belle expérience, se remémore-t-elle. On peut se retrouver sur un bateau de croisière dans les Caraïbes, sur un vraquier dans les Grands Lacs ou même sur un très grand pétrolier en Asie. En mer, c’est l’occasion d’apprendre le métier auprès des officiers de navigation. »

Femme à bord!

Il existe de multiples possibilités de réorientation à terre dans l’industrie maritime. Après la naissance de sa fille, Anne-Marie a été enseignante en navigation, adjointe au directeur des opérations pour une flotte de pétroliers et a également travaillé pour l’administration de pilotage des Laurentides avant d’entrer à la Société des traversiers du Québec (STQ).

En plus d’évoluer dans un environnement physique comportant des dangers, les marins partagent un espace de travail en autarcie. Cela peut engendrer des conflits et des situations désagréables. Anne-Marie a-t-elle parfois souffert de discrimination? « Non, j’ai sûrement eu de la chance, mais toutes mes expériences se sont enchaînées de façon positive et dans le respect. Je suis une fille indépendante, un peu dans ma bulle, je me suis toujours sentie bien en compagnie des hommes », précise-t-elle.

Elle ajoute avoir fait preuve de prudence : « J’ai toujours préféré être avec les groupes d’équipage, plutôt que de me lier plus intimement avec quelques individus et, sur tous les navires, j’ai pu avoir une cabine seule, où j’aimais me réfugier pour lire. »

Leadership et solitude

Son poste actuel comme coordonnatrice en sécurité maritime pour la STQ l’amène à voyager jusque sur la Basse-Côte-Nord où il n’y a pas de routes et où les services maritimes sont essentiels et à être en contact avec des marins.

En 1994, juste avant d’obtenir son diplôme, Anne-Marie passe les examens pour obtenir son premier brevet. Par la suite, elle travaille comme officier de la marine marchande sur différents bateaux jusqu’en 2000. Loin des stéréotypes, le quotidien des officiers de navigation est fait de responsabilités, d’éloignement et de travail d’équipe. « Ce n’est pas un domaine pour qui est émotif ou mélancolique, indique-t-elle. Il faut être indépendant, autonome, solide, physiquement et mentalement, et prêt à travailler au cœur de la nuit, lorsque le bateau appareille au port, ou lors du réveillon de Noël. À cette époque, pour moi, être loin de mon monde, ça allait, cela faisait partie de ma vie. »

Le métier exige aussi des aptitudes pour se repérer dans l’espace, le respect de la hiérarchie, essentielle à la sécurité, et un esprit d’équipe développé. « À bord d’un bateau, c’est comme une famille, et ce n’est pas un contexte pour être querelleur ou rancunier. »

Toujours peu de femmes

La parité est loin d’être acquise dans les métiers techniques enseignés à l’IMQ. Les inscriptions féminines demeurent peu nombreuses (environ 18 %), particulièrement en mécanique (moins de 8 %).

Parmi les raisons invoquées pour expliquer l’absence des femmes dans le personnel navigant ou la faible rétention du personnel féminin, il y a consensus sur les conditions de travail difficiles (éloignement des proches, longs quarts de travail, isolement) ainsi que l’incompatibilité entre la maternité et une carrière en mer1. C’est ce qui est arrivé à Anne-Marie : après sa première grossesse, elle n’est pas repartie en mer.

Cheminement de carrière

Heureusement, il existe de multiples possibilités de réorientation à terre dans l’industrie maritime. Après la naissance de sa fille, Anne-Marie a été enseignante en navigation, adjointe au directeur des opérations pour une flotte de pétroliers; elle a également travaillé pour l’administration de pilotage des Laurentides avant d’entrer à la Société des traversiers du Québec (STQ) en 2010, où elle a relevé différents défis de coordination, de supervision et d’inspection. « Il y a de plus en plus de femmes qui occupent les emplois de gestionnaires et d’inspectrices, se réjouit Anne-Marie, mais être en mer et maman, c’est quasiment impossible. Les femmes qui ont accédé au poste de capitaine ou même pilote du Saint-Laurent ont toute mon admiration. »

Amoureuse de la mer

Son poste actuel comme coordonnatrice en sécurité maritime pour la STQ l’amène à voyager jusque sur la Basse-Côte-Nord où il n’y a pas de routes et où les services maritimes sont essentiels et à être en contact avec des marins. Son expérience de navigatrice lui apporte de la crédibilité lorsqu’elle doit intervenir auprès de certains capitaines qui ne s’en laissent pas imposer.

Ses enfants sont désormais grands, mais Anne-Marie ne sait pas si elle reprendra un jour la mer. « J’ai toujours eu la passion des grands espaces. La mer me repose, m’apaise. Me retrouver dans la timonerie, c’est une ambiance que j’aime et les couchers et les levers du soleil lorsqu’on traverse l’Atlantique sont mémorables. »

  1. Institut maritime du Québec, Carrières féminines dans l’industrie maritime : attrait, accès et rétention, mai 2013, Comité sectoriel de l’industrie maritime, csmoim.qc.ca.
RBC Foundation/Fondation