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Clovis Soffack, du Cameroun à la Baie-James

Publié le : 16 Mai 2022

La réalisation de cet article est le fruit d’une collaboration entre Compétences Québec et Québec métiers d’avenir. Ce portrait fait partie de la série Diversité FPT, une initiative soutenue par la Fondation RBC et réalisée par Compétences Québec. Cette série vise à proposer une diversité des points de vue sur la formation professionnelle et technique au Québec et les métiers spécialisés au Québec.

Au moment où nous avons réalisé l’entrevue avec Clovis Soffack, le mercure atteignait 34 °C en dessous de zéro dans le Nord-du-Québec. Nous lui demandons comment il supporte ce froid polaire: « Il fait beau et ensoleillé », répond-il d’une voix joyeuse. Bien qu’il admette d’emblée n’avoir jamais affronté une température aussi glaciale, l’étudiant en électromécanique des systèmes automatisés au centre de formation professionnelle de la Baie-James prend la chose avec le sourire. Il nous raconte le cheminement qui l’a mené du Cameroun au Nord-du-Québec.

Le choix du Québec

Clovis a choisi de développer ses compétences après un parcours scolaire technique au Cameroun. Son choix s’est porté sur un DEP en Électromécanique de systèmes automatisés.

Que faut-il pour venir étudier au Québec ? « L’optimisme et le courage », répond spontanément l’étudiant de 29 ans dans un excellent français, bien que ce ne soit pas sa langue maternelle. À la maison, Clovis parle un des dialectes bamilékés avec ses frères et sœurs, sa mère qui tient une petite boutique et son père, mécanicien à la retraite. « Au début, les premiers temps au Québec, je me demandais si mes camarades de classe parlaient une autre langue que le français, avoue-t-il en riant, et, lorsque je me suis rendu compte qu’ils tutoyaient nos enseignants, ça m’a donné tout un choc! »

5 593 kilomètres

L’intégration d’un immigrant nécessite une adaptation de tous les instants. Climat, nourriture, langue : les défis à relever sont nombreux !

Partir de la capitale économique du Cameroun, Douala, où vivent 3,7 millions d’habitants sous le soleil et une moyenne de 26 °C à l’année pour entreprendre un DEP à la Baie-James, une petite municipalité d’à peine 1300 âmes où le record hivernal est de -45 °C, voilà tout un changement d’environnement.

La neige, la nourriture, plus salée selon Clovis, le mode de vie si individualisé en Amérique et les relations décontractées que les étudiants entretiennent avec les enseignants ont vraiment surpris le jeune homme lorsqu’il est arrivé ici en septembre 2021.

Il a aménagé dans le sous-sol chez une dame africaine qui a émigré au Québec, et c’est devant son ordinateur qu’il nous parle de son intégration : « J’ai vécu une enfance typiquement africaine avec toujours beaucoup de personnes à la maison, les voisins, la famille. Ici, la vie est très différente, c’est davantage chacun pour soi, on reste à la maison, mais les gens profitent d’une grande liberté et d’une grande sécurité au Québec. J’ai bénéficié d’un accueil enthousiaste et, à la Baie-James, les gens sont particulièrement attentifs aux étrangers et ouverts. »

La naissance d’un projet d’études

Bien intégré dans sa communauté, il est entouré par une équipe d’enseignants attentifs qui l’aide dans son cheminement.

Élève moyen, passionné de foot, Clovis dit avoir commencé à vraiment aimer l’école après la fin du secondaire. Il partage avec son père une passion de la mécanique depuis l’enfance : « Je l’accompagnais souvent lorsqu’il faisait des dépannages », raconte-t-il. Son diplôme obtenu, le jeune homme s’est inscrit dans une école supérieure technique en automatisation où il a obtenu une licence en électromécanique. C’est là qu’il a entendu parler pour la première fois du Canada et du Québec.

« La communauté étudiante de mon collège encensait la qualité de la formation au Québec et, moi, j’étais émerveillé par tout ce que j’entendais. Le Québec étant une province majoritairement francophone, je me suis dit que cela serait possible et tranquillement l’idée a fait son chemin dans mon esprit. J’ai entrepris des recherches sur Internet. » À la fin de ses études, il a travaillé deux ans comme technicien. Très vite, il a eu le sentiment d’être dépassé par les nouvelles technologies et son envie d’aller chercher davantage de compétences s’est ravivée.

Québec Métiers d’avenir

À la fin de sa formation, il souhaite travailler auprès d’un électricien afin de continuer à perfectionner ses compétences. Son souhait ? Revenir dans son pays afin d’y créer son entreprise.

C’est en écoutant des vidéos de youtubeurs que le projet d’études au Québec de Clovis s’est affermi. C’est aussi dans une vidéo qu’il a appris l’existence de la plateforme de Québec Métiers d’avenir. Tout au long de ses démarches entreprises à la fin de 2020, l’organisme a épaulé Clovis : « Ils ont été un grand facilitateur dans toute mon aventure, la demande d’admission, l’installation au Québec. À chaque étape, les employés de Québec Métiers d’avenir m’ont épaulé et m’ont guidé. Évidemment, j’avais de nombreuses craintes en lien avec mon projet d’étudier à l’étranger, avec la COVID, la peur de l’inconnu, de ne pas m’intégrer, etc.

Encore aujourd’hui, les gens de Québec Métiers d’avenir prennent de mes nouvelles et s’assurent que tout se passe bien pour moi. C’est rassurant de les savoir toujours prêts à m’aider. Je les recommanderais sans réserve. »

Québec Métiers Avenir

Formation à la Baie-James

À son arrivée à Montréal, Clovis a été accueilli par le fils du mari d’une cousine. Une semaine plus tard, il s’installait à la Baie-James. Tout juste le temps de s’équiper pour le froid et le jeune homme commençait sa formation. Il en parle avec chaleur: « La formation individualisée nous permet de cheminer à notre propre rythme et l’enseignant est toujours là pour répondre aux questions de chacun. Nous avons accès à tout le matériel nécessaire. Lorsqu’il est question d’un outil ou d’un instrument, il est disponible pour le manipuler et s’y familiariser. C’est un environnement d’apprentissage conforme à ce que l’on pourra retrouver dans l’industrie. »

Vous pouvez consulter les autres vidéos liées à la formation et au métier sous l’onglet Liens utiles et vidéos de la page programme de formation Électromécanique de systèmes automatisés.

Une formation polyvalente

Clovis a choisi l’électromécanique des systèmes automatisés, car cette formation regroupe plusieurs compétences et offre plusieurs débouchés en fin de formation : « On peut travailler comme électromécanicien, bien sûr, mais aussi comme électricien, mécanicien, électronicien, détaille-t-il, dans plusieurs domaines. Le cours nous apporte une belle qualité de polyvalence et d’autonomie, et les possibilités sont multiples. »

« La formation individualisée nous permet de cheminer à notre propre rythme et l’enseignant est toujours là pour répondre aux questions de chacun. Nous avons accès à tout le matériel nécessaire. »

Clovis Soffack, élève en Électromécanique de systèmes automatisés

Le goût de la neige

Depuis son arrivée il y a moins d’un an, le Camerounais a découvert l’hiver. Il a même goûté la neige pour répondre à la curiosité de ses jeunes frères et sœurs restés au pays.

« La neige c’est à la fois très beau et très dangereux, commente-t-il. Il faut bien se protéger, surtout ici dans le Nord-du-Québec. » Clovis a aussi traversé les périodes d’enseignement à distance en raison du confinement dû à la pandémie. Parmi les défis qui lui ont demandé une bonne capacité d’adaptation, il note les termes techniques en anglais souvent utilisés. « Mais les enseignants, contrairement à mes camarades, sont plus faciles à comprendre. »

« La formation professionnelle au Québec allie parfaitement la théorie et la pratique, ce qui améliore la compréhension et l’acquisition des compétences. Cela permet une évolution rapide. Il ne fait pas de doute pour moi que suivre une formation professionnelle au Québec est un excellent choix. »

Clovis Soffack, élève en Électromécanique de systèmes automatisés

Le futur de Clovis

Clovis devrait terminer ses études en 2023. Si les choses continuent de se dérouler rondement en formation individualisée, il prévoit être en avance sur son programme. En attendant, lorsqu’il est nostalgique, comme lors des fêtes de Noël, il communique avec sa famille par les réseaux sociaux et la caméra de l’ordinateur. « Ma famille me manque. Mon père et mon oncle m’ont soutenu financièrement depuis le début. Mes parents ont cru en moi et en ce rêve un peu fou. »

À la fin de sa formation, pour son stage de fin d’études, le futur diplômé souhaite être jumelé avec un électricien qui travaille à son compte : « À mon retour au Cameroun, mon projet est de me lancer dans l’entrepreneuriat, explique-t-il. Il y a beaucoup de choses à réaliser dans mon pays. Je veux m’y établir. »

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