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Marie Senneville, l’électronique industrielle, de mère en fille

Publié le : 22 Mars 2022

Beaucoup de pionnières partagent la conviction que c’est par l’exemple que les jeunes femmes choisissent de suivre des parcours traditionnellement masculins. Marie Senneville, de Sept-Îles, a eu un modèle inspirant avant d’entreprendre une carrière en électronique industrielle : sa mère !

La mère de Marie Senneville a étudié en électronique industrielle et a obtenu son diplôme en 1985. Elle a ensuite fait carrière à l’aéroport de Sept-Îles alors que le père de Marie y était aussi à l’emploi, à titre d’informateur de vol. « J’ai toujours été fascinée par les aptitudes de ma mère, se remémore la jeune femme de 24 ans. Ma mère peut réparer la télécommande qui ne fonctionne plus, expliquer comment les systèmes de sécurité dialoguent entre eux; elle est en mesure de comprendre ce qui nous entoure et, à son exemple, j’ai toujours eu cette curiosité. »

Un domaine génial

Marie Senneville est titulaire d’un DEC en électronique industrielle et d’un baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques.

À la fin de ses études secondaires, Marie a envie de bifurquer vers un domaine plus concret. L’option du diplôme d’études collégiales (DEC) en électronique industrielle fait son chemin dans son esprit, et l’aspect non traditionnel de ce secteur ne freine pas son enthousiasme : « J’ai été longtemps active chez les Scouts, alors j’avais déjà l’habitude des groupes de garçons. Je n’étais pas nerveuse à l’idée de me retrouver seule avec des gars et ma famille m’a toujours encouragée à faire ce que j’avais envie de faire. »

Au cégep de Sept-Îles, tout son parcours s’est déroulé sans encombre : « J’ai adoré la matière, et je me suis retrouvée avec des gens qui partageaient la même passion que moi. L’atmosphère était très agréable avec les gars. Dans les travaux d’équipe, j’ai toujours été bien acceptée. On sait toujours à quoi s’en tenir avec eux. »

C’est quoi, l’électronique industrielle ?

« J’ai adoré la matière, et je me suis retrouvée avec des gens qui partageaient la même passion que moi. » Marie Senneville

L’électronique industrielle est un domaine passionnant, mais encore méconnu du grand public. En 2016, Marie a été pressentie par les enseignants de son cégep pour participer aux Olympiades québécoises des métiers et des technologies. Elle s’est entraînée en vue des compétitions : elle a appris un nouveau langage de programmation et acquis des méthodes de travail plus rapides.

La formation au cégep de Sept-Îles est orientée vers l’électricité d’usine, explique Marie. On apprend à régler des procédés, des systèmes électroniques, à installer, réparer et entretenir l’équipement des systèmes industriels, à prévenir les bris électriques afin d’améliorer la productivité des entreprises. Le segment sur l’automatisation des procédés industriels m’a vraiment allumée.

Marie Senneville, titulaire d’un DEC en électronique industrielle et d’un baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques

Chasse gardée masculine

Aux Olympiades québécoises de 2016, Marie obtient la médaille d’argent. Un superbe résultat qui lui donne confiance dans son potentiel.

Il y a toujours peu de femmes dans les domaines des technologies et des sciences appliquées. Selon des données rapportées par le Journal de Montréal, les statistiques démontrent sans équivoque qu’il s’agit toujours de chasses gardées masculines : en génie mécanique, seuls 3 % des étudiants sont des femmes, en électronique industrielle, c’est 4,5 %, 6 % en informatique de gestion et, en génie électrique, c’est plutôt 10 %.

Le goût de poursuivre ses études

Quelques semaines après avoir décroché la médaille d’argent, elle obtient son DEC et décide ensuite de s’inscrire au baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Aux Olympiades québécoises de 2016, Marie obtient la médaille d’argent. Cela lui donne confiance en son potentiel. Quelques semaines plus tard, elle termine son DEC, mais les temps sont difficiles économiquement dans sa région. « Je n’avais que 17 ans lorsque j’ai fini ma formation en électronique industrielle, je ne me sentais pas prête à aller sur le marché du travail, et j’avais aussi le goût d’apprendre davantage sur mon métier. » Marie décide de poursuivre au baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques. « Mon DEC m’a donné une certaine avance sur la matière électrique, j’étais habituée au fonctionnement des machines. En revanche, j’ai dû apprendre à rédiger des rapports », raconte-t-elle.

Le génie, un monde de gars

Marie choisit l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), où elle se retrouve encore seule femme de sa promotion: « Au génie, comme à la technique, c’est un monde de gars, mais, dans mon université de région, l’accueil a été formidable. Tout le monde est là pour apprendre, il y a une belle ouverture d’esprit. » Lorsque d’autres filles entreprennent les études en génie, Marie prend le temps d’aller leur parler, de les aider à s’intégrer. Au Canada, en 2018, les femmes ne représentaient que 14 % des étudiants en génie mécanique, informatique ou logiciel. De même, les femmes ne constituent que 13 % des ingénieurs agréés à l’échelle du Canada.

Retour sur un parcours non traditionnel

Pour exercer un métier traditionnellement masculin, Marie croit qu’il faut être ouverte d’esprit, fonceuse et déterminée : « Cela prend de la persévérance pour surmonter les petites épreuves de ce parcours. Il y a parfois des charges trop lourdes pour certaines filles, mais les entreprises s’adaptent de plus en plus, le travail d’équipe permet de profiter des forces et d’atténuer les faiblesses de chacun. »

Marie croit à l’égalité des femmes et des hommes : « J’ai une grande admiration pour ma mère, sa force de caractère; elle sait mettre son pied à terre et trouver des stratégies qui fonctionnent dans son milieu de travail. » Elle se réjouit de n’avoir jamais subi de discrimination, si ce n’est de la discrimination positive, mais ce n’est pas quelque chose qu’elle souhaite : « Je suis capable de prouver par moi-même ce dont je suis capable. »

Cela prend de la persévérance pour surmonter les petites épreuves de ce parcours. Il y a parfois des charges trop lourdes pour certaines filles, mais les entreprises s’adaptent de plus en plus, le travail d’équipe permet de profiter des forces et d’atténuer les faiblesses de chacun.

Marie Senneville, titulaire d’un DEC en électronique industrielle et d’un baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques

Nouveaux défis

Marie a terminé son baccalauréat en juin 2020. Pendant ses études universitaires, elle a été stagiaire un été dans une usine qui fabrique des panneaux de mélamine dans le Bas-Saint-Laurent, avec comme mandat de proposer des pistes d’amélioration pour accroître la production. L’année suivante, elle est retournée à Sept-Îles où elle a été chargée de projet pour une entreprise de systèmes pétroliers; dans le cadre de ce travail, Marie coordonnait l’implantation de nouveaux réservoirs et l’entretien des lignes de transport ferroviaire.

Depuis l’obtention de son diplôme en génie, Marie habite à Thetford Mines. Elle travaille à titre de chargée de projet chez Elite Composite à Sainte-Clotilde, une usine qui fabrique des pièces en fibre de verre destinées aux autobus municipaux. Son travail consiste à s’assurer que le processus de fabrication est optimal et adapté aux demandes des clients.

« En génie, on peut faire tout ce qu’on veut. C’est une industrie qui offre de nombreuses possibilités de carrière et, comme le développement technologique est très rapide, le besoin d’ingénieurs n’est pas près de diminuer », commente-t-elle. La demande croissante de main-d’œuvre en génie dans plusieurs secteurs de notre économie et le vieillissement de la population expliquent la pénurie d’ingénieurs au pays. Selon un rapport commandé par Ingénieurs Canada, il pourrait manquer au pays jusqu’à 100 000 ingénieurs en 2025.

Une série comme les Pionnières de la compétence peut faire la différence. L’idée de donner un témoignage de la réalité du métier, ça fait œuvre utile.

Marie Senneville, titulaire d’un DEC en électronique industrielle et d’un baccalauréat en génie des systèmes électromécaniques